Trois questions à Philippe Le Saux, directeur de l’APRAS.

L'APRAS est une association de Rennes Métropole composée de la Ville de Rennes, de Rennes Métropole, du Conseil Général d’Ille-et-Vilaine, d’Archipel Habitat, d’Habitat 35, d’Espacil Habitat, d’Aiguillon Construction et du CCAS de la Ville de Rennes.

16/07/2015 | Tags : direction, social, territoire

logo_photo apras (2)L’Association pour la Promotion de l’Action et l’Animation Sociale (APRAS) est une association discrète du territoire de Rennes Métropole. Cette discrétion lui convient tout à fait. L’APRAS n’a pas vocation à « faire vitrine ». Sa mission définie par ses statuts est centrée sur la coopération et la communauté d’interventions, dans la concertation, de collectivités œuvrant pour « la gestion de biens ou de services, d’intérêts social, socio-éducatif ou culturel » sur le territoire de Rennes Métropole. Il s’agit d’un « lieu d’échanges, d’interpellations mutuelles, de recherche d’articulations » entre les politiques sociales conduites par chacun de ses membres.

Philippe, peux-tu resituer l’APRAS dans son contexte ?

L’APRAS existe depuis 1977. Elle a résisté à l’usure du temps et est désormais présente sur tout le territoire métropolitain. C’est une association d’institutions de taille modeste (11 salariés) mais qui est proche du territoire et de ses diversités. Cette proximité est importante au regard de ses missions que l’on peut regrouper en trois volets : études et observations, portage de projets (espaces sociaux communs…), gestion et animation de proximité (locaux collectifs résidentiels, pôles associatifs…). Cette proximité et ces missions sont nécessaires pour réaliser le travail d’articulation des politiques sociales des membres de l’APRAS avec les réalités du terrain. Ce travail de réflexion permet d’affiner les stratégies d‘actions. En s’appuyant sur la diversité de ses productions, l’APRAS est l’outil qui facilite la médiation entre tous les intervenants « sociaux » du territoire. Pour cela il faut une équipe pluridisciplinaire, soudée, dans laquelle chaque membre doit être en mesure de développer une forte capacité de partenariat. Car l’APRAS travaille avec 600 structures et acteurs du territoire de Rennes Métropole.

Qu’est-ce que diriger une association comme l’APRAS implique ?

Il faut rester centré sur les missions de l’association. L’APRAS est un outil de facilitation pour des acteurs sociaux qui ont décidé de se mettre autour d’une table pour trouver ensemble des solutions à des problèmes identifiés. Ces problèmes demandent des solutions co-construites pour que ces mêmes acteurs les prennent en charge et les résolvent.
Pour cela, en tant que directeur, il faut veiller à la cohésion de l’équipe professionnelle et valoriser les talents qui la composent. L’action de l’APRAS ne pouvant pas, par nature, être médiatisée, il faut que chaque membre de l’équipe se sente reconnu. Il faut diriger en animant, susciter l’envie plutôt que d’exiger une production. Il faut aussi veiller à être très présent sur l’action quotidienne tout en ayant une projection vers l’action à venir.
Par rapport au Conseil d’Administration, la fonction de direction demande une capacité d’écoute et le respect d’une certaine neutralité. Les administrateurs demandent que les professionnels soient force de propositions. Par conséquent la connaissance de l’actualité sociale du territoire est indispensable. D’autant plus que les membres de l’association n’ont pas tous les mêmes problèmes et les mêmes préoccupations à un instant T. Dans ce contexte, il s’agit donc de faciliter leur rencontre et leur collaboration.
La direction de l’APRAS oblige à faire abstraction du quotidien pour rester en mesure de situer les actions conduites sur le territoire dans une perspective cohérente afin de satisfaire les attentes des commanditaires et les besoins des bénéficiaires.

Quelle animation sociale, quelle action sociale demain ?

L’APRAS se pose la question quotidiennement. L’association considère le social au sens large. Pour elle il s’agit tout autant des dispositifs et prestations d’aide sociale que du maintien et du développement du lien social. Ce que nous appelons le social partagé, le vivre ensemble. L’APRAS travaille avec les associations, les travailleurs sociaux, les bénéficiaires, les habitants, les institutions du territoire.
Nous nous interrogeons sur le modèle actuel fait d’une multiplicité d’intervenants, de dispositifs. Nous nous demandons si cela apporte des solutions durables. Nous sommes, par exemple, très sensibles au maintien de la mixité sociale sur le territoire de Rennes Métropole. La politique menée est remarquable. Mais, à la marge, nous constatons des effets secondaires que l’on doit corriger. D‘où l’importance de la participation des bénéficiaires et des habitants à l’élaboration des réponses à leurs besoins. Demain les enjeux du travail social se situeront sans doute dans la capacité que nous aurons à revisiter le rapport que les acteurs du social entretiennent avec leurs publics et les autres acteurs des territoires : saurons-nous mettre en place les actions pour que les personnes concernées par les problèmes puissent construire leur parole, co-construire les réponses, collaborer à leur mise en œuvre ?
Nous cherchons comment faire se rejoindre trois fonctions du travail social que nous pensons complémentaires : la fonction d’assistance sociale pour ceux que la société laisse de côté, la fonction de contractualisation responsabilisante mais individuelle, la fonction d’émancipation collective et individuelle qui passe par la connaissance. Chacune de ces fonctions est remplie par des corps de métiers différents : assistants sociaux, animateurs d’insertion, animateurs socioculturels…
Nous y travaillons déjà : c’est dans les gênes de l’APRAS de faire se rencontrer les différences pour en tirer des cohérences, mettre en synergie et éviter les concurrences.